Le DAB+, ça va finir par se savoir

Le déploiement de la radio numérique terrestre, dite DAB+, a pris une vitesse sans précédent. À compter d’aujourd’hui, déjà plus de 25% de la population française est couverte par la diffusion. Quinze zones locales et régionales sont en cours d’appel ou de finalisation avant leur démarrage. En parallèle, le CSA lutte avec les radios de dimension métropolitaine majoritairement commerciales quant à organiser la diffusion sur l’ensemble de l’hexagone. Afin de poursuivre son action, comme il est de coutume, le CSA lance une consultation publique pour recueillir l’avis des parties prenantes.

Objectif, la poursuite des appels en vue de couvrir l’ensemble du territoire, avec une considération particulière pour les zones à plus faible densité de population que les grandes villes, villes moyennes et principaux axes routiers de la stratégie des arcs et des nœuds (chapitre 8 – www.csa.fr/Informer/Espace-presse/Communiques-de-presse/Un-nouvel-elan-pour-le-DAB-12-clefs-pour-en-comprendre-les-enjeux). Autrement dit, l’essentiel du territoire français, les petites villes et communes et le monde rural figurent parmi les enjeux de la discussion. Une grande inconnue est à déplorer, la situation, déjà peu envieuse en FM et des moyens mis dans leur déploiement notamment du côté des associatives, du paysage radiophonique à venir des régions dites ultra-marines.

Que dire à ce stade si ce n’est que la technologie du DAB+ se prête bien à la diffusion d’un programme unique sur tout le territoire de la France. Mutualiser les moyens de diffusion – le multiplexage consiste à assembler plusieurs signaux radios sur un seul émetteur et une faible excursion de fréquences – permet de réaliser des économies substantielles pour les radios dites nationales comme le service public et les radios commerciales de cette envergure. Cela à la condition que l’autorité de régulation gère de façon très fine la transition technologique sans quoi les mêmes éditeurs ne supporteront pas longtemps la double diffusion. Cette réflexion en matière de gestion peut aussi être attribuée à tous les médias de proximités d’ores et déjà concernés pour certains depuis 2014. Afin de se rassurer, il faut noter que les récepteurs sur le marché proposent dorénavant plusieurs normes de diffusion (DAB+, FM et connexions sans-fil vers le web d’un téléphone par exemple). Il commence à en être de même pour les équipements radio dans les automobiles. Problématique du DAB+, dans certaines zones à plus faible densité de population, il n’est pas toujours évident de mobiliser nombre d’éditeurs de programmes (NDLR auparavant appelés radio) pour se réunir sur un multiplex. Dans ce cas pourquoi ne pas proposer davantage de de flexibilité notamment en ce qui concerne l’attribution de la ressource hertzienne. Que faire alors avec la FM ? Le discours a changé : de DAB qui vient en complément de la FM il s’agit aujourd’hui de l’inverse. Nicolas Curien, sage en charge de la radio analogique et numérique au CSA l’a bien précisé lors des dernières réunions du groupe de travail sur le sujet. Il est nécessaire de l’affirmer haut et fort pour au moins deux raisons : maintenir un maximum de la ressource hertzienne dans le champ du bien public et profiter des caractéristiques propres à un contexte de chacun de ces procédés de diffusion (FM, DAB+).

Un contexte largement exploité par les médias de masse, la fracture territoriale constatée au quotidien entre territoires ultra-urbains, zones dites « périphériques » et espace capital qu’est le monde rural. À ce stade, les découpages proposés effraient nombres de radios locales en particulier lorsqu’elles participent d’un monde plutôt rural. Que faire d’une proposition géographique régionale pour un programme ultra-local, parfois situé à la croisée de deux grands allotissements régionaux. Impossible à gérer en matière de charges financières et techniques. Il existe des technologies qui permettent de mettre en œuvre des moyens de diffusion à « petite échelle » (small scale dab) comme la FM se targue d’initiative radiophoniques très locales à faible puissance de la même manière que les propositions temporaires. Cela demande une certaine flexibilité de la part des autorités de régulation.

En résumé, l’enjeu de cette consultation est important. Le découpage géographique nous renvoie à l’importance de la cartographie. Il est nécessaire de s’affirmer sur le territoire que nous considérons comme étant le nôtre. À ce titre sachez qu’au moins deux propositions de médias associatifs et citoyens ont été envoyées au CSA lors d’appels en DAB métropolitain c’est-à-dire sur l’ensemble du territoire national l’an passé. Que dire d’un programme présentant un pêle-mêle des productions radiophoniques des 600 radios existantes ? D’embarquer l’ensemble des acteurs de l’éducation populaires et des médias libres sur un tel projet ? De mettre à disposition du public des savoirs issus des libertés universitaires ? Qui de nouveaux rapports de force entre collectivités territoriales et médias à l’heure de la montée en puissance des régions et des grandes agglomérations ? Le DAB+ à de nombreux défauts comme beaucoup de choses. Une chose est certaine, la nature a horreur du vide. Depuis les derniers appels et notamment celui sur la métropole, un certain engouement est à constater, de la part opérateurs radiophoniques tout du moins. Le DAB+, ça va finir par se savoir.

À télécharger

Les documents de la consultation et plans des allotissements disponibles sur le site du CSA à l’adresse : www.csa.fr/Arbitrer/Consultations-publiques/Consultation-publique-sur-la-poursuite-du-deploiement-du-DAB-entre-2020-et-2023

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