Le tirage au sort à l’université entériné, le milieu étudiant appelle à des solutions durables

Parue au bulletin officiel le 27 avril, une circulaire institutionnalise l’usage du tirage au sort par les universités en première année de licence, où la sélection est interdite, lorsque la demande dépasse les capacités d’accueil. Sur Twitter, associations et syndicats étudiants ont montré leur opposition. Le ministère de l’éducation s’explique.

La mesure qui tombe en plein entre-deux-tours a surpris certains membres des syndicats et associations d’étudiants. Dans un communiqué de presse envoyé le 27 avril, la Fage accuse le cabinet de Najat Vallaud-Belkacem d’avoir fait « passer en catimini cette circulaire, bafouant totalement le dialogue social« . Dans l’entourage de la ministre, on indique que dialogue il y a eu dans le cadre d’un arrêté passé en janvier.  Mais pourquoi cette circulaire tombe-t-elle maintenant ? Pour « encadrer cette pratique dès la rentrée prochaine et protéger les universités en évitant les recours en justice de bacheliers déçus de ne pas avoir été pris dans une filière sous-tension« .

Les filières sous-tension, celles dont la demande dépasse les capacités d’accueil, sont : le droit, la psychologie, les sciences et techniques des activités physiques et sportives (Staps) et la première année commune aux études de santé (Paces). L’usage du tirage au sort entériné par la circulaire a, d’après les chiffres du ministère, connu une diminution de 60% entre 2015 et 2016 passant de 186 à 78 mentions sous-tension.

Une mesure « bricolage » ?

Ce que les représentants étudiants dénoncent c’est surtout une solution qui n’est pas satisfaisante pour les demandeurs. « C’est du bricolage » répond Morgane Verviers, CPE à l’UNSA Education. Elle appelle à penser collectivement et à plus grande échelle de bac – 3 à bac + 3. Karine Mathon, externe en médecine à l’université de Nantes et membre du réseau La Fage va dans ce sens :  « Le travail doit être sur le long terme : l’orientation est catastrophique en France. » Un sujet qui concerne d’autant plus que le nombre de bacheliers à vouloir faire des études supérieures augmente chaque année. Karine Mathon rappelle dans ce contexte l’importance que « l’université reste gratuite et accessible. » Dans l’entourage du ministère, on assure que la volonté du gouvernement va aussi dans le sens d’une limitation du tirage au sort mais « cela ne se fait pas en un an« . « Nous avons augmenté les moyens dans le supérieur, tentons de mieux orienter les lycéens via le portail APB, avons créer 10 000 places en BTS depuis cinq ans. »

Deux candidats pro-sélection

Autre point qui inquiète le milieu étudiant, c’est l’instauration d’une sélection à l’université pour pallier au tirage au sort. Lilâ Le Bas, la présidente de l’UNEF, confiait au Monde : « Autoriser ainsi le tirage au sort, c’est un premier pas vers la sélection à l’université. » Quant aux deux candidats à l’élection présidentielle, ils affichent un avis très favorable à la sélection à l’université. Emmanuel Macron souhaite mettre en place des prérequis à l’entrée du premier cycle. C’est-à-dire « des acquis minimaux » dans les principales matières du parcours. Un lycéen ne les maîtrisant pas « pourra s’inscrire après avoir comblé ses lacunes, par des cours d’été ou par la validation de modules universitaires« . Il annonce qu »un contrat de réussite sera établi entre chaque étudiant et son établissement« . De son côté, Marine Le Pen souhaite passer d’une sélection par l’échec à une sélection au mérite. Elle refuse le tirage au sort comme moyen de sélection et défend la revalorisation des bourses au mérite. Elle parle de « défendre le modèle d’enseignement supérieur français, qui passe par la complémentarité de l’université et des grandes écoles« .

Retrouvez la circulaire en question
Pour connaître les chiffres des candidats APB en 2017

Victorine Gay

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